Qui est Victoire Ingabire Umuhoza ?

Victoire Ingabire Umuhoza est de nationalité rwandaise. Mariée et mère de trois enfants, elle vivait en exil au Pays Bas depuis 16 ans. Après avoir complété ses études supérieures en économie commerciale et gestion des entreprises aux Pays-Bas, elle a exercé sa carrière professionnelle en travaillant pour une entreprise privée de dimension internationale installée aux Pays-Bas où elle était chargée du contrôle et de la coordination des services comptables de 25 filiales installées en Europe, en Asie et en Afrique.

 Sa carrière politique

Surnommée la «Aung San Suu Kyi rwandaise », Victoire Ingabire Umuhoza est, depuis 1997, engagée dans une lutte démocratique dont le but est d’instaurer dans son pays, le Rwanda, un Etat de droit respectueux des standards démocratiques internationaux, autour des idées politiques partagées et non sur la base ethnique ou régionale.

En 1997, elle adhère au Rassemblement Républicain pour la Démocratie au Rwanda (RDR), un parti politique de l’opposition démocratique. Un an plus tard, elle devient Présidente de la section Pays-Bas du RDR. En 2000, elle est élue présidente du RDR au niveau international. Elle amène son parti à s’affirmer et à condamner le génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994 ainsi que d’autres crimes de guerre et contre l’humanité qui ont eu lieu, avant, pendant et après le génocide.

De 2003 à 2006, elle assume la présidence de l’Union des Forces Démocratiques Rwandaises (UFDR), une plateforme regroupant des formations politiques d’opposition et dont le RDR est un membre actif.

Le parcours politique de Victoire Ingabire Umuhoza est marqué par la recherche du rassemblement de l’opposition démocratique rwandaise. A part quelques mouvements faibles opérant dans le pays, celle-ci n’existe véritablement qu’au sein de la diaspora. Elle a joué un rôle prépondérant dans le rassemblement de cette opposition :

  • En novembre 2004, elle organise à Amsterdam, aux Pays-Bas, une conférence de toutes les organisations politiques et de toutes les structures représentatives de la société civile de la région des Grands Lacs d’Afrique.
  • En octobre 2005, elle initie des multiples contacts avec toutes les organisations politiques de l’opposition rwandaise et effectue une série de rencontres avec les organisations de la société civile rwandaise, à l’issue desquelles un front commun contre le régime de Paul Kagame est créé.
  • Depuis avril 2006, elle est la présidente des Forces Démocratiques Unifiés (FDU-Inkingi), une formation politique née de l’intégration de trois partis politiques : Alliance démocratique rwandaise (ADR-Isangano), Forces de résistance pour la démocratie (FRD) et du RDR et de l’adhésion de personnalités politiques indépendantes.

Élue par le bureau politique de son parti FDUInkingi pour le représenter aux élections présidentielles du 9 août 2010, Madame Victoire Ingabire Umuhoza démissionne de son poste en avril 2009 pour se consacrer à temps plein à son retour dans son pays natal afin de contribuer à la réconciliation et à la reconstruction du pays déchiré par la guerre depuis 1990.

Arrivée au Rwanda le 16 janvier 2010, elle sera par la suite victime d’actes de d’agression physique, d’intimidation, de harcèlement et de lynchage médiatique visant à l’empêcher d’enregistrer son parti et de se présenter aux élections. Elle sera par la suite arrêtée et emprisonnée le 14 octobre

2010 pour avoir exigé l’ouverture démocratique, la poursuite en justice des crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’intérieur et à l’extérieur du Rwanda quel qu’en soit l’auteur, la reconnaissance de la souffrance et le droit à la mémoire de toutes les victimes des crimes contre l’humanité et de génocide, sans distinction ethnique. Son procès est en cours depuis le mois de mai 2011.

 Femme d’une vision avant-gardiste pour le bien-être et l’unité nationale

Madame Victoire Ingabire Umuhoza est à l’origine des propositions de réformes qui visent à améliorer la vie quotidienne des Rwandais et leur rapport à la vie politique, notamment par :

  • La création d’une commission « Vérité, Justice et Réconciliation » pour aider les Rwandais à s’acheminer vers une véritable réconciliation,
  • La mise en place d’une commission indépendante chargée de l’écriture et l’interprétation de l’histoire du Rwanda, – l’adoption d’une loi consacrant le droit à la propriété privée et la protection des plus faibles,
  • La garantie par la loi d’un accès égal de tous les citoyens aux moyens de production, au crédit et à l’emploi. Elle a activement participé au déroulement du projet de Dialogue Inter Rwandais hautement Inclusif (DIRHI) en 2004, 2006 et avril-mai 2009 sous les auspices d’un candidat au Prix Nobel de la Paix, Juan Carrero Salaregui avec l’appui du Prix Nobel Adolfo Perez Esquivel et du vice-président de l’Initiative de l’Alliance des Civilisations, Federico Mayor Zaragoza.

Femme d’un courage exceptionnel

Impliquée dans un processus de résolution de conflits qui affligent le peuple rwandais depuis 1990, Victoire Ingabire Umuhoza se démarque par son leadership, son esprit d’abnégation qui dépasse les intérêts de son noyau familial et de son appartenance ethnique et régionale. Elle a pris sur ses épaules le destin de tout un peuple et de toute une nation en décidant d’affronter l’oppression qui règne dans son pays d’origine dans l’espoir d’offrir au peuple rwandais une alternative de gouvernance démocratique et de paix durable.

Le fait qu’elle ait osé aller sur terrain au Rwanda de se présenter comme candidate aux élections présidentielles de 2010 est en soi un geste fort qui mettait un grand défi le régime de Paul Kagame, quant à sa capacité de démocratiser les instances politiques du Rwanda.

Le résultat a été très rapide. Contrairement au discours officiel connu jusqu’alors qui faisait du président Paul Kagame « l’homme providentiel et le démocrate », il s’est montré féroce et intolérant à tout changement. Il s’est montré incapable d’accorder la moindre ouverture politique et démocratique en excluant du scrutin tous les partis d’opposition non inféodés à son régime, dévoilant ainsi son vrai visage. Ce qu’il n’aurait pas fait sans la présence de Madame Victoire Ingabire Umuhoza sur le terrain politique.

En quittant sa famille en exil au Pays-Bas (son mari et ses enfants), en quittant son emploi pour aller s’attaquer à la dictature du président Paul Kagame, sur son terrain ; ce fait constitue une preuve de son leadership au-dessus de tout égoïsme et de son sens très élevé des intérêts supérieurs du peuple rwandais.

 En prononçant son discours à son arrivée, le 16 janvier 2010, à l’aéroport international de Kigali dénonçant entre autre les tribunaux Gacaca, par sa visite au mémorial de Gisozi à la mémoire des victimes du génocide et en s’inclinant sur la tombe du 1er président du Rwanda à Gitarama, elle a montré aux rwandais qu’il ne faut plus avoir peur de dire et de faire ce qu’on pense surtout lorsqu’on est sûr que la vérité est de son côté.

 En comparant l’opposition rwandaise à une équipe de soccer (chaque place du terrain est occupée par des joueurs appropriés, les avants, les demi, les défenseurs, etc.) lors de son discours à Montréal et en établissant, une fois arrivée au Rwanda, une plate-forme politique avec les partis Parti social idéal (PS-Imberakuri) de Ntaganda et le parti Vert de Frank Habineza qui l’ont tout suite choisie comme leur porte-parole, elle a montré son esprit d’équipe, sa confiance envers le peuple et la société civile (extérieure et intérieure) et son sens de leadership.

En prédisant, lors de ce même discours à Montréal, son éventuel emprisonnement une fois arrivée dans l’arène politique à Kigali,  elle a fait preuve de son sens d’abnégation et de détermination et a montré l’exemple si on veut vraiment contrer la dictature au pouvoir au Rwanda. Elle a surtout montré son sens élevé du sacrifice à accomplir pour réussir.

 Implication bénévole dans le milieu associatif Elle est membre fondatrice de plusieurs associations et fondations :

  • L’Association Contact, Dialogue et Actions Caritatives (CODAC) qui a pour objectif de soutenir moralement, juridiquement et  matériellement les ressortissants de la région des Grands Lacs aux Pays-Bas ou dans leur région.
  • L’Association URAHO des femmes réfugiées Rwandaises aux Pays–Bas chargée de sortir les femmes rwandaises de l’isolement et de les aider à s’intégrer dans la société néerlandaise, d’assister les enfants non accompagnés et les demandeurs d’asile.
  • La Fondation PROJUSTITIA-Rwanda ayant pour objectif de lutter en faveur d’une justice équitable pour toutes les victimes de la tragédie rwandaise.
  • HARAMBE, une plateforme des associations des femmes africaines aux Pays-Bas chargée de promouvoir le développement des femmes africaines sur le continent.
  • Membre du comité exécutif de ZWALU, une plateforme qui regroupe les associations de femmes étrangères aux Pays-Bas pour promouvoir leur émancipation.
  • Publications et articles

Auteur de nombreux articles et publications, elle a adressé plusieurs memoranda au Conseil de Sécurité, à l’Union Européenne, à l’Union Africaine et à différents chefs d’Etats. Elle a tenu des conférences sur la situation sociopolitique et économique de son pays et celle de la région des Grands Lacs africains.